Séverin Krön - l'Art Permutable en 9 Chapitres

Séverin Krön est-il un artiste permutable ?
Lorsque j'ai aperçu pour la première fois les tableaux et les dessins de Séverin Krön ma réaction a immédiatement été double. D'abord j'ai tout de suite ressenti l'énergie, la force et la sincérité de son univers coloré et sans concession pour l'esthétique actuelle ; et pourtant, à force de baigner dans ce qu'il est convenu d'appeler l'art contemporain , j'ai eu presque simultanément une réaction de doute quant à la validité et la réception d'un travail aussi immédiat, personnel et sans apprêt. Alors oui, Séverin Krön est un artiste permutable puisqu'il a fait permuter mon regard, m'aidant à oublier mes représentations savantes pétries de scepticisme, m'autorisant à rejeter mes préventions esthétiques pour pénétrer dans la complexité, la profondeur et la jubilation de son art. Permutable, oui, mais systématique, cantonné à une trouvaille, à un truc , non. Car s'il utilise ces glissements de sens et de matières qui rendent son art si sensuel, ludique et profond à la fois, s'il revient sans cesse à cette pratique des images transfigurées, échangées, interconnectées, il ne s'agit en rien, ni d'une pose d'artiste, ni d'une figure imposée quel que soit le propos. Au contraire ! L'art permutable c'est avant tout pouvoir permuter les idées entre elles et c'est donc, comme on le voit à travers ses œuvres comme en parcourant son exposition virtuelle, une manière de toujours bouleverser la donne, de n'accepter aucune posture figée. Ni BMPT, ni conceptuel, ni décoratif, ni lyrique, ni naïf, ni peinture, ni sculpture, ni numérique le travail de Séverin est pourtant tout cela à la fois... et plus encore. Car Séverin Krön est un artiste singulier plutôt que permutable c'est-à-dire un créateur inclassable, libre, en vie, et aussi un humaniste qui cherche très profondément, au-delà des apparences. La source des êtres et le secret des liens entre eux, mais aussi vis-à-vis de l'univers spirituel, voici le territoire en constante évolution dans lequel Séverin invite l'auteur de sa propre vie, je, vous, moi, lui, toi, à recomposer son existence à travers les métamorphoses de ses œuvres. Du texte majeur qu'il nous donne à lire ici, il faut retenir tout d'abord que cette écriture fait chair dans son œuvre comme pour ses autres productions, du dessin à la sculpture, de la mode à l'art numérique, du motif au concept, de l'esquisse au jeu vidéo. Il nous livre ici une nouvelle permutation, une métamorphose littéraire qui nous invite à nous interroger avec art : quittons donc les apparences et les faux-semblants ; constatons, avec l'artiste combien notre corps, notre âme sont en perpétuelles transformations, malgré notre peur d'accepter le changement, malgré l'image inamovible que le réel voudrait nous imposer au nom d'une esthétique sociale. L'œuvre magique et protéiforme de Séverin, serait alors cette tentative du haut et du bas d'englober tous les membres de la galaxie humaine, dans une forme de joie qui, loin d'être naïve, nous révèle à nous-même. D'une arabesque à un jeu de dames, d'un échec à un domino les clivages et les frontières s'effacent pour nous ouvrir à la cosmogonie de l'instant présent, permutable et par essence, transformable, parce que vivant. Ce que Séverin nous propose à travers le jeu du je c'est en dernier recours la possibilité de la métamorphose et du changement : permuter parce qu'exister ; permuter pour (se) comprendre ; permuter pour (é)changer de regard... Frédéric Elkaïm - Conseiller en art, spécialiste du marché de l'art.
Nous observons toujours le même fleuve, et ce n'est pourtant jamais le même. Vieil adage pour exprimer le paradoxe de l'éternel changement dont nous sommes à la fois les acteurs et les spectateurs ! L'humain en se développant semble chercher un équilibre entre son désir de changement, de nouveauté et son désir de sécurité, de valeur refuge. Nous sommes sujet à un mental qui fonctionne par habitudes et qui n'aime pas beaucoup avoir à changer de sillons. Pourtant, avides de progrès, nous attendons les dernières nouveautés avec impatience, réclamons des débits , des vitesses toujours plus rapides pour de nouvelles sensations ! Quand la nécessité constante de nous mettre à la page génère un sentiment d'insécurité , nous nous réfugions dans l'ancien, nous cultivons le goût de l'authentique, nous voulons nous appuyer sur des valeurs sûres: l'or, les antiquités, les mythologies., la spiritualité... L'art permutable est à la fois un symbole de - et une réponse à - ce paradoxe, même si au départ il ne voulait être qu'un jeu formel. Les pièces qui constituent une œuvre sont toujours les mêmes, mais les permutations possibles sont quasi infinies ! Nous observons toujours les mêmes pièces, mais le tableau que nous pouvons créer avec ces pièces peut varier des milliards de fois !
Besoin de valeur sûre : sacralisation. Nous avons sacralisé l'œuvre d'art - elle est intouchable - comme nous avons sacralisé les marques : la Joconde, la Vénus de Milo, Ferrari, Coca-Cola, Armani, Marilyne par Warhol sont des icônes gravées dans le marbre, imprimées quotidiennement dans nos consciences... protégées, inviolables.... Prière de ne pas toucher ! L'intégrité de l'œuvre d'art telle qu'expression de la pensée et de la volonté de l'artiste est à recevoir avec le plus grand des respects, quasi dévotement. C'est inscrit: prière de ne pas toucher! Marcel Duchamp et d'autres ont relativisé cette icônisation en réinterprétant de façon drolatique un chef d'œuvre comme la Joconde. L'art permutable propose encore une autre approche pour créer une rencontre plus familière avec l'art : c'est ce qui a souvent choqué les marchands et collectionneurs: Il ne se consomme pas passivement, au contraire : ici prière de toucher ! L'art permutable invite le spectateur à intervenir physiquement pour s'approprier l'œuvre et poursuivre la création. L'artiste propose une matérialisation et une exacerbation d'un processus qui se fait de toute façon et souvent à notre insu dans la relation psychologique que nous entretenons avec les œuvres d'art. En effet, le contexte rend la perception de l'œuvre à chaque fois différente. Je ne vois pas un tableau de Poussin de la même manière aujourd'hui qu'hier, et la société en générale ne porte pas un même jugement sur Le Greco au 19eme et au 21ème siècle. Bien au delà de tout ce que le créateur a pu mettre dans sa création, nous manipulons les œuvres par la pensée. L'art permutable nous exhorte à les manipuler concrètement, à les faire évoluer en nous impliquant avec nos corps. Il répond ainsi au besoin de remettre en question, d'explorer, de tester soi même les limites de l'œuvre... L'artiste propose, le spectateur-co-créateur dispose!...prière de toucher.
Depuis le Je est un autre d'Arthur Rimbaud, depuis que la psychanalyse sonde les profondeurs de notre conscience, nous vivons avec l'idée que le je est multiple et paradoxal. Il y a un jeu de je(s) (la formule est de l'artiste Henri Schurder, fondateur d' Art-Cloche). Et le jeu du je consiste, semble-t-il, à combiner et à recombiner les désirs souvent contradictoires qui le constituent, de façon à générer les expériences nécessaires à son développement. Moi, l'artiste dans mon rôle de médiateur entre le monde des idées et le quotidien, j'invite le je à prendre du recul dans sa quête souvent hésitante (voire inconsciente) vers l'équilibre entre toutes ses parties. L'art permutable met le spectateur dans une position de maîtrise (il a le pouvoir de choisir sa combinaison) et de liberté (il n y a pas de mauvaise solution, puisqu' il existe toujours un lien entre les pièces). Le spectateur-acteur est mis en contact avec sa propre source créative; je lui donne le pouvoir. Mon message est: nous sommes créateurs de nos vies, nous choisissons nous même nos combines et au delà du bien et du faux, quel que soit le choix, il y a du sens : nous nous enrichissons d'une nouvelle expérience . Je mets en évidence la nécessité du lien et de la transition pour permuter les parties d'un je entre elles, et, éventuellement, avec le jeu d'un autre je . L'art permutable est aussi miroir du jeu collectif.
Une des questions formelles qui se pose lors de l'élaboration d'un permutable est celle du liant ; c'est à dire la formule géométrique qui va permettre la transition sans heurt entre tous les côtés d'une pièce et tous les côtés de toutes les autres. C'est une contrainte considérable, mais que j' accepte pour les formidables perspectives qu'elle va offrir: plus de 95 milliards de combinaisons pour un carré magique formé par 9 carrés. Il se pose aussi la question du lien et de la transition entre ces parties communes et les parties propres à chaque pièce. L'art permutable peut donc servir de reflet aux constructions collectives d'une société et de la relation de ces constructions avec le monde interne du moi individuel. Les données géométriques communes renvoient aux règles qui permettent un fonctionnement collectif et, d'une façon plus large, à tout ce que nous pouvons partager, à tout ce qui représente l'ouverture à l'autre. Le lien peut aussi être explicité comme l'endroit de la limite perméable à la limite de l'autre , le point de rencontre , de connexion. Les parties centrales des pièces, elles, renvoient à ce qui est propre à chacun. La géométrie du bord extérieur peut s'effacer plus ou moins rapidement au profit d'un thème central différent. Sur certaines pièces les motifs de bordure se prolongent sur toute la surface, tandis que sur d'autres le rythme se rompt au centre. De même dans la société des hommes, nous trouvons ceux qui font des règles collectives leurs propres règles et d'autres qui vivent en conflit, ou qui mènent intérieurement une vie toute personnelle. Sans porter de jugement sur ces différents choix, l'art permutable cherche à explorer et à exploiter les possibilités engendrées par leur expression plastique, et à créer ainsi des expériences visuelles qui amèneront le spectateur-acteur à méditer sur la nature des rapports humains, tout en ayant la jubilation d'une découverte toujours renouvelée. L'observation des liens rejoint évidemment l'étude des transitions. Ce sont les liens qui permettent les transitions, les passages progressifs d'un état à un autre, les métamorphoses. L'œuvre se métamorphose au gré des permutations... La métamorphose est le sujet principal de l'art permutable et sous-tend tous les sujets abordés.
Au tout début d'un travail je ressens le besoin d'approfondir un sujet, tout en lui donnant une forme jusque-là inédite. Cette volonté donne naissance à des séries, des galaxies d'œuvres dont généralement une grande pièce permutable forme l'aboutissement et le centre. La galaxie comporte tous les travaux préparatoires et annexes traitant du même sujet. J'ai toujours éprouvé une jubilation intense à voir les étapes qui mènent à une œuvre, à voir l'esprit en mouvement se manifester par le dessin, l'esquisse, le texte, l'aphorisme, à percevoir une pièce comme le maillon d'une grande chaîne d'expériences et de transformations. Je comprends l'œuvre comme l'ensemble de ces METAMORPHOSES. Les sujets sont toujours abordés sous l'angle de la transformation et dans mes œuvres la métamorphose s'exprime à deux niveaux : 1- chaque parcelle de la galaxie exprime une métamorphose, 2- la permutation des parties permet concrètement une métamorphose sans fin de l'œuvre. Une œuvre permutable est un ensemble d'images qui chacune évoque une métamorphose. Cet ensemble peut lui même être métamorphosé par le biais des permutations. Chacun de mes dessins met en relief le principe d'un univers où tout se crée par la transformation. La vie du dessin s'appuie sur les métamorphoses. Une ligne se métamorphose : d'épaisse elle devient plus fine, elle se transforme en une série de points... une couleur se transforme en une autre, une structure rigide s'assouplit progressivement, un détail fait main peut se transformer en création numérique, une couleur en une structure... etc... L'association de ces dessins ou parcelles sous forme permutable permet de faire évoluer l'œuvre alors que ma part de création est terminée . Je ne veux pas figer le mouvement , j'offre à mon public la possibilité de s'impliquer dans ces galaxies et de continuer le jeu des METAMORPHOSES. Il est difficile pour moi de cerner par des mots les différents sujets abordés. En effet la dimension plastique permet d'associer des concepts par des signes visuels, de les compresser tout en les entremêlant. Un peu comme procède l'inconscient dans le rêve. A l'analyse, une ou deux images d'un rêve peuvent contenir un grand nombre d'informations pour le rêveur, tout comme certaines de mes œuvres plastiques peuvent être abordées sous différentes perspectives et signifier plusieurs concepts simultanément. Voici néanmoins une description succincte de trois galaxies : Je me suis penché sur le phénomène de la manipulation du climat avec la fonte des glaciers, mis en parallèle avec la manipulation génétique et les transformations dans le monde animal. C'est le corpus : FONTES ET REFONTES ; J'ai abordé l'écologie et la persistance d'un équilibre entre l'action de l'homme et la nature. Cela a donné les 27 pièces permutables de GREENCONNEXION . Un autre sujet est la mondialisation. WORLDCONNEXION et ses différentes versions. J'y associe une représentation des hauts-lieux de la mode qui peut faire penser à une carte mère, avec des personnages qui en permutant s'échangent leurs habits et leur sexe. Les modes, le masculin et le féminin, les villes et les pays, joyeusement interchangeables ?
Dans La Pensée Sauvage Claude Lévy-Strauss compare la pensée mythologique des peuples premiers au bricolage. Comme le bricoleur qui se débrouille pour réaliser ses projets avec un stock limité d'objets détournés de leur utilisation d'origine, nos ancêtres puisaient dans un ensemble de données mythologiques qu'ils combinaient, recombinaient et interprétaient pour faire passer les valeurs importantes qui variaient au gré des nécessités historiques et géographiques. Ainsi, notre mythologie grecque est un lieu de permutation, où les histoires sont inter-changées et raccordées les une aux autres selon les besoins. Ce processus continue encore de nos jours, nous employons des mythes anciens pour parler de nous: le mythe d'œdipe dans la psychanalyse, le mythe de Sisyphe chez Camus, les variations sur les mythes du diable et des anges au cinéma (Seigneur des Anneaux), dans la littérature (Les Versets Sataniques)... ne sont que quelques exemples. Chaque auteur, plasticien ou cinéaste reprend à son compte les mythes, s'appuie sur ce patrimoine de la pensée collective pour en exprimer une nuance et éclairer un aspect de nos vies actuelles. L'art permutable se révèle un outil formidable pour exprimer ce bricolage mythologique et en explorer de nouvelles possibilités. En effet je me suis attelé à remettre en forme des personnages mythologiques et leurs épopées dans certaines de mes œuvres. Et la forme du permutable permet le jeu du bricolage mythologique de façon plastique et visuelle. Le torse d'Athéna peut s'unir aux pieds d'Hercule, Pégase peut être chevauché aussi bien par Persée que par le Python, l'arc en ciel d'Iris s'agence avec les nymphes ou la tête de Méduse... C'est ma façon ludique de comprendre ce que ces mythes ont encore à nous transmettre pour notre évolution. Le spectateur est invité à explorer les possibles, à assouplir les articulations de sa pensée pour s'ouvrir à de nouveaux horizons poétiques et créatifs.
Un des concepts abordés par le biais de l'art permutable et celui du non jugement. En effet les liens persistent entre les pièces quelque soit la permutation. Il y a des combinaisons qui nous semblent plus harmonieuses que d'autres, mais il n'y'a jamais d'erreur. L'expérience montre que le spectateur est souvent troublé par un nouvel agencement, spécialement quand la permutation d'une image réaliste nous entraine dans le domaine de l'abstrait, ou vers un une image jusque là très inhabituelle. En fait nous jouons avec les limites de nos habitudes mentales. C'est évidemment une des fonctions de l'art de bousculer nos habitudes mentales pour nous extraire de nos circuits automatiques de pensée et nous ouvrir de nouvelles perspectives de compréhension. Ce qu'il y a d'intéressant avec l'art permutable, c'est que le spectateur va lui même être l'acteur des changements plus ou moins grands qu'il va s'imposer. L'expérience prouve aussi qu'une image qui est troublante au début, devient petit à petit acceptable, puis intrigante, puis elle commence par prendre du sens. Le dialogue avec l'œuvre est ici intensifié. La morale de ce jeu est que chaque nouvelle situation, devient un enrichissement pour celui qui prend le temps de regarder, de se confronter à ses limites et de les dépasser. L'art est un entraînement à la sagesse. Le poète Rilke s'est infligé jadis un jeu similaire. Il voulait atteindre le regard de l'amour, le regard du poète qui peut se poser sur toute chose objectivement, sans la juger. Dans son journal , il notait ses progrès face à toutes les laideurs de son quotidien qui lui causait du dégout. Le dernier obstacle était ce clochard qui mendiait non loin de son immeuble et qu'il devait croiser tous les jours en sortant... on pense à St François d'Assise et le baiser du Lépreux. Toutes proportions gardées, chaque permutable de 9 pièces contient plus de 95 milliards de possibles... qui demandent à être amoureusement embrassés du regard !
Je le répète : nous sommes tout le temps en train de manipuler notre réalité intérieure comme extérieure; Par essence, pour le meilleur et pour le pire, nous sommes des manipulateurs-créateurs : nous aimons nous inventer des vérités, des personnages, nous faire entrer nous même et faire entrer l'autre dans ce que nous voulons vrai. Parfois, manipulateurs manipulés par des conditionnements psychiques destructifs, tournés vers la souffrance, l'isolement, l'échec, nous construisons des enfers avec une logique effrayante, ou au contraire, libéré des contraintes, nous évoluons dans une harmonie stimulante. L'âme agît par la magie des images. Les images permutantes de mon art font écho à nos aberrations, comme à nos meilleures trouvailles mentales. Elles extériorisent le processus, le rendent plus conscient, permettent de prendre du recul et de devenir plus constructif. J'ai eu l'occasion de présenter mes créations à des psychiatres, des coach : généralement ils pensent qu'elles peuvent servir de support pour favoriser la communication avec le patient, le faire parler, le mettre dans un processus de recréation de son propre univers. La façon dont il va réorganiser les éléments d'une œuvre permet aussi au praticien, au delà des mots, de décrypter des fonctionnements psychiques chez le patient. Un pont très intéressant est fait entre l'objet d'art, la thérapie et le développement personnel : matière à réflexion sur les applications universelles de l'art.
La nécessité de rythmer avec une certaine régularité les œuvres pour créer des liens entre les pièces, le recours à des formules géométriques donne visuellement un caractère décoratif à mon travail. Je revendique entièrement ce caractère décoratif : je veux me situer dans une tradition dans laquelle l'ornement est porteur de sens, ou l'ornement est langage et symbole comme pour les peuples premiers. Cette tradition traverse les siècles, plus récemment on la retrouve chez les Nabis, pendant la sécession de Vienne et dans les années Bauhaus. Plus récemment encore une exposition importante à Vienne en 2009 s'intitulait : Die Kraft des Ornaments et se concentrait sur la place de l'ornement dans l'art contemporain. Le courant traverse aujourd'hui tous les continents avec une force particulièrement singulière au Moyen-Orient. Dans ma conception, que nous soyons dans la nature où dans la ville, nous évoluons dans un décor, un ensemble de signes et de symboles qui nous renvoient l'image de notre pensée, que nous structurons par notre langage, qui devient lui même langage. Ce décor est infini et universel. En tant qu'artiste j'y apporte mon humble contribution. Et l'art permutable rejoint les arts premiers, dans le sens où il ne reconnaît pas la séparation entre l'art, la décoration, le jeu, l'objet-symbole. Dès les premières créations j'ai compris qu'il était possible de trouver de multiples applications dont ces 9 petits chapitres font un tour d'horizon. L'élargissement de ces champs d'application avec des penseurs et des créateurs d'autres domaines (sociologues, psychologues, créateurs textiles, de jeux, metteurs en scène.etc)... fait évidemment partie de ma démarche.